Arthur RIMBAUD (1854-1891)
2006.01.21. 18:54
A la musique
Place de la Gare, à Charleville.
Sur la place taille en mesquines pelouses, Square où tout est correct, les arbres et les fleurs, Tous les bourgeois poussifs qu'tranglent les chaleurs Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.
- L'orchestre militaire, au milieu du jardin, Balance ses schakos dans la Valse des fifres : Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ; Le notaire pend à ses breloques à chiffres.
Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs : Les gros bureaux bouffis tranant leurs grosses dames Auprès desquelles vont, officieux cornacs, Celles dont les volants ont des airs de rclames ;
Sur les bancs verts, des clubs d'piciers retraits Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme, Fort srieusement discutent les traits, Puis prisent en argent, et reprennent : " En somme !... "
patant sur son banc les rondeurs de ses reins, Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande, Savoure son onnaing d'où le tabac par brins Dborde - vous savez, c'est de la contrebande ; -
Le long des gazons verts ricanent les voyous ; Et, rendus amoureux par le chant des trombones, Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious Caressent les bbs pour enjler les bonnes...
- Moi, je suis, dbraill comme un tudiant, Sous les marronniers verts les alertes fillettes : Elles le savent bien ; et tournent en riant, Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.
Je ne dis pas un mot : je regarde toujours La chair de leurs cous blancs brods de mèches folles : Je suis, sous le corsage et les frêles atours, Le dos divin après la courbe des paules.
J'ai bientt dnich la bottine, le bas... - Je reconstruis les corps, brûl de belles fièvres. Elles me trouvent drle et se parlent tout bas... - Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres...
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