Charles BAUDELAIRE (1821-1867
2006.01.20. 20:06
A une mendiante rousse
Blanche fille aux cheveux roux, Dont la robe par ses trous Laisse voir la pauvret Et la beaut,
Pour moi, poète chtif, Ton jeune corps maladif, Plein de taches de rousseur, A sa douceur.
Tu portes plus galamment Qu'une reine de roman Ses cothurnes de velours Tes sabots lourds.
Au lieu d'un haillon trop court, Qu'un superbe habit de cour Trane à plis bruyants et longs Sur tes talons ;
En place de bas trous, Que pour les yeux des rous Sur ta jambe un poignard d'or Reluise encor ;
Que des noeuds mal attachs Dvoilent pour nos pchs Tes deux beaux seins, radieux Comme des yeux ;
Que pour te dshabiller Tes bras se fassent prier Et chassent à coups mutins Les doigts lutins,
Perles de la plus belle eau, Sonnets de matre Belleau Par tes galants mis aux fers Sans cesse offerts,
Valetaille de rimeurs Te ddiant leurs primeurs Et contemplant ton soulier Sous l'escalier,
Maint page pris du hasard, Maint seigneur et maint Ronsard pieraient pour le dduit Ton frais rduit !
Tu compterais dans tes lits Plus de baisers que de lis Et rangerais sous tes lois Plus d'un Valois !
- Cependant tu vas gueusant Quelque vieux dbris gisant Au seuil de quelque Vfour De carrefour ;
Tu vas lorgnant en dessous Des bijoux de vingt-neuf sous Dont je ne puis, oh ! pardon ! Te faire don.
Va donc ! sans autre ornement, Parfum, perles, diamant, Que ta maigre nudit, ma beaut !
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