Charles BAUDELAIRE (1821-1867)
2006.01.20. 19:59
A celle qui est trop gaie
A celle qui est trop gaie
Ta tête, ton geste, ton air Sont beaux comme un beau paysage ; Le rire joue en ton visage Comme un vent frais dans un ciel clair.
Le passant chagrin que tu frles Est bloui par la sant Qui jaillit comme une clart De tes bras et de tes paules.
Les retentissantes couleurs Dont tu parsèmes tes toilettes Jettent dans l'esprit des poètes L'image d'un ballet de fleurs.
Ces robes folles sont l'emblème De ton esprit bariol ; Folle dont je suis affol, Je te hais autant que je t'aime !
Quelquefois dans un beau jardin Où je tranais mon atonie, J'ai senti, comme une ironie, Le soleil dchirer mon sein ;
Et le printemps et la verdure Ont tant humili mon coeur, Que j'ai puni sur une fleur L'insolence de la Nature.
Ainsi je voudrais, une nuit, Quand l'heure des volupts sonne, Vers les trsors de ta personne, Comme un lche, ramper sans bruit,
Pour chtier ta chair joyeuse, Pour meurtrir ton sein pardonn, Et faire à ton flanc tonn Une blessure large et creuse,
Et, vertigineuse douceur ! A travers ces lèvres nouvelles, Plus clatantes et plus belles, T'infuser mon venin, ma soeur !
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